L’EXPULSION DES MIGRANTS AFRICAINS EN QUESTION

Réagissant à différentes initiatives de la société civile, le gouvernement justifie sa politique

Dans une lettre ouverte adressée le 5 février au procureur général Avihai Mandelblit, 25 experts israéliens en droit international affirment que le plan du ministère de l’Intérieur visant à expulser des milliers de demandeurs d’asile érythréens et soudanais viole la législation internationale.

La veille de la publication du document, 20 000 migrants Africains entrés illégalement en Israël ont été notifiés par l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières qu’ils avaient 60 jours pour quitter le territoire et rejoindre un pays qui n’a pas été spécifié. En cas de refus, ils seront expulsés de force ou emprisonnés. Le ministère a indiqué que ni les femmes, ni les enfants, ni les hommes mariés n’étaient actuellement concernés par la mesure.
Des mesures inacceptables dans un Etat démocratique aux yeux des signataires de la lettre ouverte. « Ni la détention ni l’expulsion de force ne sont des options tolérables », écrivent-ils. « La réclusion illimitée n’a d’autre but que de briser la détermination des détenus. Il s’agit d’une violation de la loi internationale, et plus particulièrement des droits de l’homme. »

38 000 migrants clandestins africains se trouvent actuellement dans le pays. Depuis 2013, 13 000 demandes d’asile ont été soumises au ministère de l’Intérieur et sur les 6 500 requêtes examinées à ce jour, seules 11 ont été approuvées. « Le système judiciaire israélien a failli en n’examinant pas, ou même en rejetant de façon méthodique, la quasi-totalité des demandes d’asile des ressortissants soudanais et érythréens », pointent les juristes, notant que le taux d’acceptation des demandes d’asile d’Erythréens est de près de 90 % dans les pays occidentaux.

Bien que la notification ne précise pas explicitement le pays vers lequel les intéressés sont invités à partir, celui-ci est décrit comme « s’étant beaucoup développé dans la dernière décennie, et accueillant des milliers de citoyens revenant au pays ainsi que des immigrants de différents pays africains ». Les migrants qui partiront volontairement dans le délai imparti par les autorités recevront une prime de 3 500 dollars à l’aéroport, ou s’ils le préfèrent, sur un compte bancaire à leur nom dans le pays d’accueil, ainsi qu’un visa d’entrée. Les frais de transport sont à la charge de l’Etat d’Israël.

Ceux qui refusent de quitter le pays ont le droit de demander, dans les 7 jours après la réception de la notification, d’être entendus devant une commission ad hoc afin de plaider leur cause. Si leur statut de candidat à l’expulsion est toutefois confirmé et qu’ils ne quittent pas le pays dans les 60 jours, les récalcitrants encourent une expulsion de force vers le pays africain en question. Le ministère de l’Intérieur a déclaré avoir l’intention d’expulser au moins 300 migrants par mois dans les trois prochaines années. Une centaine d’inspecteurs devraient être embauchés prochainement pour s’assurer que le quota est atteint.

Le mois dernier, le secrétaire d’Etat rwandais aux Affaires étrangères a formellement démenti sur Twitter les rumeurs selon lesquelles son gouvernement avait conclu un accord secret avec l’Etat d’Israël, pour accueillir des personnes expulsées de force en échange de 5 000 dollars par tête. Ce qui n’a pas empêché les signataires de la lettre d’écrire que le Rwanda, dont le nom revient fréquemment à propos de violations des droits de l’homme, « ne doit en aucune façon être une option ». « Israël n’a pas le droit de se reposer sur le Rwanda dans une question qui a des implications si importantes sur les droits fondamentaux. La politique d’expulsion viole les droits de l’homme les plus basiques, qui incluent le droit à la vie et le droit à la liberté. » Et de conclure : « C’est donc notre devoir de professionnels de nous exprimer. Nous espérons que le gouvernement israélien renoncera à son intention d’expulser illégalement des dizaines de milliers de personnes selon le protocole susmentionné. »
Cette lettre ouverte s’ajoute à différentes formes de protestations adressées récemment au gouvernement israélien, notamment de la part de pilotes d’El Al, de médecins, mais aussi de rescapés de la Shoah : tous font valoir que l’expulsion des migrants est incompatible avec les valeurs juives. Face à toutes ces critiques, les responsables gouvernementaux insistent sur le fait que le plan de départ forcé est au contraire conforme au droit international, soulignant que les enfants et les familles ne sont pas visés par les mesures.

Le gouvernement défend son plan

Plusieurs arguments plaident en faveur du gouvernement. Tout d’abord, la composition démographique des populations concernées montrerait qu’elles sont composées en immense majorité de migrants à la recherche d’un travail et non de réfugiés. Par ailleurs, un millier de réfugiés du Darfour auraient obtenu le droit d’asile en Israël ces dernières années, et par le passé, le pays a accordé le statut de réfugiés à des personnes fuyant des pays aussi variés que le Vietnam, le Liban, l’Egypte, l’Iran, la Bosnie, le Kosovo, le Soudan et l’Erythrée. Il est également faux de prétendre que la politique migratoire du pays est discriminatoire envers les Africains : rien qu’en 2017, quelque 4 000 Ukrainiens et Géorgiens en situation irrégulière auraient été expulsés. Les autorités indiquent aussi que 45 personnes ont été recrutées récemment pour rendre plus efficace et rapide le processus d’examen des demandes d’asile. Enfin, pour répondre plus particulièrement aux arguments juridiques des experts en droit international, soulignons que la Cour suprême a rejeté à l’unanimité un recours s’opposant à l’expulsion de force vers des pays tiers, et a estimé que les pays d’accueil en question, que l’on suppose être le Rwanda et l’Ouganda, ne mettraient pas en péril la sécurité des personnes qui y seraient expulsées. Selon un sondage publié le 7 février, deux tiers des Israéliens soutiennent le plan gouvernemental d’expulsion des migrants.

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